Si la politique Sarkosy pour les retraites sert son frère Guillaume, n’y a-t-il pas une faute au regard de la loi ? Et si Woerth se sert de son poste pour maintenir un complément de retraite aux conseillers régionaux de Picardie dont il fait partie, n’y a-t-il pas là aussi faute à l’égard de la loi ? Ou alors ceux qui nous gouvernent peuvent nous pressurer à leur guise !

 Ce fut l’un des derniers combats d’Eric Woerth à  Bercy. Quelques semaines avant de faire ses valises pour mener la réforme des retraites en tant que ministre de la Solidarité, il a mobilisé deux membres de son cabinet, dont un inspecteur des finances. Leur mission : maintenir les avantages du minuscule régime des retraites des conseillers régionaux de Picardie.

 Depuis 1992, ces Elus bénéficient d’un système (complémentaire à  leurs autres revenus) particulièrement avantageux. Ils n’ont pourtant jamais versé un centime de cotisation : c’est la Région qui, aux frais des habitants, a ouvert un fonds de capitalisation de 1,3 million, géré par la Caisse nationale de prévoyance (CNP). A partir de 61 ans, chaque ancien conseiller régional reçoit ainsi une rente annuelle de 5488€ par mandat de six années effectuées. Soit l’équivalent du SMIC pour deux mandats (12 ans).
 Mais en décembre dernier, la CNP a constaté que, compte tenu notamment de l’accroissement de l’espérance de vie, ce mini fonds de pension était à  sec. Du coup, la Caisse allait devoir fermer son guichet à  tout nouveau bénéficiaire. Colère des Elus, qui tirent aussitôt la sonnette Woerth lequel charge ses propres conseillers de ramener à  la raison la CNP (filiale de la caisse des dépôts et consignations).
  Grâce à son intervention, un système autrement plus généreux que le régime général des retraites, auquel il vient de tailler des croupières, devrait être maintenu. Remarque au passage : le ministre Eric Woerth est aussi conseiller régional de Picardie. Mais puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas de conflit d’intérêts !¦

A.G.

© Le Canard enchaîné“ jeudi 14 octobre 2010 p.3