De la parité à la necessaire revolution dans l’organisation du travail

Chaque époque a ses modes, même dans le vocabulaire.

Le mot féminisme encore en usage dans les années 70 se voit substituer, dans le cadre de l’Union Européenne, le mot parité entre les femmes et les hommes. L’étymologie du mot veut dire égal, pareil. Son usage courant s’appliquait à l’économie, à la parité entre deux monnaies donc à leur valeur d’échange à l’intérieur de chacun des deux pays concernés. L’homme et la femme appartiennent tous deux au genre humain mais ils sont complémentaires et non pas identiques. Eliminer cet aspect de complémentarité, c’est faire comme si les femmes adhéraient d’emblée à une société pensée par des hommes pour des hommes.

 

Le problème hommes-femmes deviendrait donc un problème relevant de l’économie si bien que la Mairie de Strasbourg associe cette question à celle d'égalité des chances hommes-femmes. Dans le journal « Devenir », n°13 de juin 1999, du Conseil Consultatif des Etrangers à Strasbourg, à propos de parité, il était dit et c'est toujours vrai: en politique comme au travail, les femmes occupent plutôt des strapontins et les hommes des fauteuils.

Si vous le voulez bien, nous allons réfléchir ensemble sur les contenus de ces parités inscrites dans le cadre de l’Union Européenne. Comme chacun sait, 80% du travail de nos députés à l’Assemblée Nationale consistent à étudier l’application, en France, des décisions de l’Union.

 

Les 30 glorieuses ou l’émancipation par l’emploi et le droit des femmes à décider de leur maternité :

Dans ma génération d’après-guerre, l’émancipation des jeunes filles passait par les études, puis un emploi qui conférait une indépendance économique. J’ai mis du temps à réaliser que j’étais en parfaite conformité avec mon époque. La société de consommation faisait de grands bonds en avant et plus il y avait de femmes à travailler et plus cette société se développait. Femmes, nos tâches ménagères étaient allégées grâce aux robots ménagers et monsieur ne rechignait pas à passer l’aspirateur, plus rien à voir avec de vulgaires pelles et balais. Les temps de cuisson des plats culinaires étaient raccourcis grâce aux autocuiseurs et bientôt, nous eûmes à notre portée les plats tout préparés. Plus besoin de faire les confitures et autres conserves, l’industrie alimentaire proposait les mêmes produits à moindre coût. Plus besoin de repriser les chaussettes et autres travaux de couture, l’industrie de la confection offrait du neuf à la mesure de nos bourses.

 

Avec le boum économique, les mentalités connurent une grande secousse, la plus spectaculaire étant les événements de mai 1968. Les revendications prirent une autre forme. Les femmes demandaient la maîtrise de leur corps et ce fut le planning familial, la contraception, le droit à l’avortement.

 

Qui trouva profit dans le travail des femmes ?

Mais ces mutations ont eu des conséquences qui n’ont pas été réfléchies préalablement. La femme, dans l’emploi, à la fois épouse et mère, s’est retrouvée superwoman sans le vouloir ! C’est la double journée. Servante au pair aux compétences multiples, la femme est devenue une machine à programmer en permanence. Il lui faut penser les besoins du ménage, prévoir les repas, soigner l’enfant malade, assurer le suivi ou le soutien scolaire, dispenser son affection et ainsi de suite. Monsieur, las de sa journée de travail, trouve normal de lire son journal ou de regarder la télé jusqu’au jour où Madame rend son tablier et se retrouve chef de famille. En 1999, 90% des familles monoparentales ont pour chef de famille, une femme.

Le seul vrai gagnant est le patronat. Dans le passé, quand un homme venait d’être une nouvelle fois père, il obtenait une augmentation de salaire puisqu’il avait plus de bouches à nourrir. Désormais, non seulement l’homme à bobonne pour tenir son ménage, mais en plus elle apporte au foyer un salaire d’appoint. Oh ! l’horrible expression qu’aucune femme ne devrait accepter ! Pourtant, la Constitution de 1945 proclamait « A travail égal, salaire égal » et la loi de 1972 réitérait l’énoncé. D’autres lois se sont ajoutées dont, en France, la loi du 13 juillet 1983 sur l’égalité professionnelle, dite Loi Roudy.

Cinquante-quatre ans après la première formulation, qu’en est-il ? 80% des personnes qui perçoivent de bas revenus sont des femmes. Les différences de salaires entre femmes et hommes sont de 27% en moyenne, tous emplois confondus. Certains emplois se sont féminisés et le patron dispose de la force de travail de 3 travailleuses pour le prix de celle de deux travailleurs.

Et quand le travail se déréglemente au nom de la libre concurrence et du libéralisme, ce sont les femmes qui sont d’abord licenciées ou ne trouvent pas d’embauche afin que l’entreprise n’ait pas à faire face aux congés de maternité ou à l’absentéisme lié à la maladie d’un enfant. Les hommes réintègrent alors les postes mais avec des salaires dérisoires par rapport aux bénéfices cumulés. Face à la robotisation et au tout informatique, c’est accepter une exploitation esclavagiste alors que la productivité est toujours plus grande et engendre des plus-values croissantes.

Si l’homme refuse, c’est rejoindre les sans-travail. Le sous-prolétariat féminin devient un sous-prolétariat structurel qui, désormais, touche tous ceux qui dépendent de leur force de travail pour s’assurer d’une existence décente..

 

Pour une autre organisation du travail

Puisqu’on parle en terme d’économie, il est évident que la parité dans l’emploi est à conquérir pour celles qui veulent leur indépendance économique par le travail dans l’entreprise. Mais de quelle parité parle-t-on quand les travailleurs, et non plus seulement les travailleuses, sont dans une situation de précarité ?

Actuellement, 54% des étudiants sont des étudiantes et 30% des cadres sont des femmes. La parité aux postes à responsabilité est un des points à l’étude dans le cadre de l’Union Européenne (Commission des droits de la femme). Préoccupation logique, les firmes internationales ont besoin de cadres.

A première vue, le travail dans l’entreprise conjugué aux travaux domestiques (estimation moyenne, 4h par jour), c’est plus le bagne qu’une libération véritable. Loin de moi la volonté de joindre ma voix au choeur des nostalgiques des foyers d’antan. Pour les femmes qui choisissent de rester au foyer et d’élever leurs enfants, la reconnaissance sociale du travail domestique doit devenir un fait.

Mais à présent, nous nous trouvons face à une double révolution, l’entrée en nombre des femmes dans l’emploi et une réduction du nombre des postes à pourvoir en raison des nouvelles technologies. C’est un changement radical qui est nécessaire et non des réformes qui ne sont que des colmatages provisoires.

L’organisation du travail a déjà connu une première grande révolution à la fin du XIXème siècle quand on est passé des petites entreprises autonomes aux grandes entreprises industrielles. Le chiffre de petits patrons (agriculteurs, artisans, commerçants, professions libérales) et le chiffre de salariés se sont inversés. Environ 80% des gens au travail sont devenus des salariés.

Pour tenir son rang, la bourgeoisie s’opposait au travail de ses filles. A présent, dans une société libérale, l’individualisme isolant, atomisant a modifié les liens sociaux. Pour conserver son niveau de vie, les filles de la bourgeoisie entrent dans la carrière. Certes, avec l’avantage d’un environnement socioculturel qui tente de bien les situer par rapport aux jeunes filles issues de milieu modeste ou défavorisé.

 

Pour que les mesures soient prises en conséquence, il faut un profond changement de mentalités. Tout d’abord que la femme cesse de se sous-estimer et ne considère plus son salaire comme un appoint, que l’homme partage le travail domestique et l’éducation des enfants.

C’est quand hommes et femmes seront unis dans un même combat pour refuser d’être exploités que les tenants de l’économie seront acculés à repenser la distribution des biens issus du travail. Pour l’instant, seuls quelques détenteurs de capitaux confisquent la plus grosse part des résultats de la productivité. Il n’est pas davantage normal que les écarts de salaire se creusent toujours davantage.

 

La parité en politique

Au niveau des différentes instances politiques, les femmes sont sous-représentées. Les élections à la proportionnelle permettent aux femmes d’entrer plus aisément dans des conseils municipaux, régionaux et au Parlement Européen. Néanmoins, lors de la nouvelle législature au Parlement Européen, la France envoie, sur un total de 87 députés, 34 femmes élues soit 39,08 % et 53 hommes soit 60, 92 %. Il aurait été intéressant de connaître le taux d’abstention chez les femmes. En Europe, la Suède est un cas à suivre, son Parlement National comprend 42,7% députées et il y a parité hommes-femmes au sein du Gouvernement.En  France,12,5% députée à l'Assemblée et 16,9% de sénatrices.

Trop souvent reléguées dans des tâches subalternes ou domestiques, les femmes ont besoin d’apprendre à prendre la parole. Les collectifs de femmes sont, dans ce domaine, un excellent lieu d’apprentissage. Il faut dire aussi que dans les réunions, la galanterie n’est pas pratiquée, une femme a bien souvent des difficultés à obtenir la parole, et plus encore s’il s’agit d’une question technique comme si elle était supposée ne pas avoir de compétence dans le domaine.

Il reste que la parité en politique dans notre système libéral ne doit pas être un piège et que les candidates retenues soient inféodées à la politique décidée par les hommes. Il faut qu’elles fassent entendre leur voix avec leur originalité propre. Ce n’est pas simple dans un système de propagande qui s’applique à modeler les esprits.

Le libéralisme se divise en deux courants, la démocratie sociale et le conservatisme moderne. L’un et l’autre réduisent la politique à l’économie en exacerbant l’égoïsme et en provoquant une fracture sociale. C’est tout de même une politique libérale qui permet à des employeurs sans scrupules de dissimuler une politique d’esclavage derrière l’apparence de libéralisme. Nous disons oui à la parité en politique mais avec notre spécificité féminine et ses exigences de paix, de liberté et de justice pour les enfants que nous avons mis au monde. Toutes les femmes sont loin de s’identifier à Mesdames Thatcher, Albright, ou Rice !

Notre présence dans les instances politiques est d’autant plus nécessaire que même des droits acquis sont remis en cause comme le droit à l’avortement par des commandos anti-IVG qui restent impunis malgré la loi Neiertz de 1993 réprimant le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une interruption volontaire de grossesse. Quand il y a viol, aucune autorité n’a le droit d’empêcher une femme de prendre, en conscience, la pilule abortive.

En dépit de ce que colportent les médias, c’est la femme qui assume les enfants, il est donc souhaitable que cet enfant soit désiré. Quand il y a divorce, le père réclame les enfants s’il n’y en a qu’un ou deux. Mais s’ils sont plus nombreux, c’est la mère qui en a la garde. Bizarrement, le père ne les réclame pas. Et la loi a des insuffisances. S’il y a refus de présentation d’enfants au père, la mère est passible de prison. Mais si le père n’exerce pas son droit de garde lorsqu’il y a enfants en nombre, aucune sanction n’est prise à son encontre.

Sur un autre plan, les femmes sont loin de s’ébahir face à des prouesses technologiques qui mettent au point des bombes à l’uranium 238 pour atteindre plus vite la cible définie. L’uranium 238 est faiblement radioactif mais les munitions en contiennent une quantité non négligeable. Lors de l’impact, l’uranium s’enflamme et se répand sous la forme d’une fine poussière d’oxyde dans l’environnement, au gré des vents. Ces bombes ont été utilisées en Irak et en Yougoslavie. Sachant que dans 300.000 ans, il restera encore la moitié du produit utilisé, nul ne sait les effets à longs termes, si ce n’est prévoir un bon taux de cancers. Femmes, ce n’est certainement pas le choix que nous faisons pour nos enfants !