La question que je pose est de savoir si le projet européen qui est en place est viable, ou pourrait se transformer pour le devenir. Je laisse de côté les « européanistes » de droite, c’est-à-dire ceux qui, ayant souscrit à la soumission aux exigences du capitalisme des monopoles mondiaux, acceptent l’Union européenne telle qu’elle est pour l’essentiel et s’intéressent seulement à donner une solution aux difficultés « conjoncturelles » qu’elle traverse. Une autre Europe est-elle possible ? J’inclus les partisans d’un capitalisme rénové, à visage humain et ceux qui s’inscrivent dans une perspective de transformation socialiste de l’Europe et du monde.

La nature de la crise qui traverse le monde et l’Europe est au centre de ce débat. Et, pour ce qui concerne l’Europe, la crise de la zone euro – qui occupe le devant de la scène – et celle – derrière – de l’Union européenne, sont indissociable.

Y a-t-il une identité européenne ?

L’angle sous lequel doit être regardée cette question est intérieur à l’Europe. Car vue de l’extérieur – du grand Sud – oui « l’Europe » paraît être une réalité. Pour les peuples d’Asie et d’Afrique, de langues et de religions « non européennes », même lorsque cette réalité a été atténuée par des conversions missionnaires au christianisme ou l’adoption de la langue officielle des anciens colonisateurs, les Européens sont les « autres ». L’affaire est différente en Amérique latine qui, comme l’Amérique du Nord, est le produit de la construction de « l’autre Europe », associée nécessaire au déploiement du capitalisme historique.

La nature de la crise qui traverse le monde et l’Europe est au centre de ce débat. Et, pour ce qui concerne l’Europe, la crise de la zone euro – qui occupe le devant de la scène – et celle – derrière – de l’Union européenne, sont indissociables.

La construction de l’Union européenne – au moins depuis le traité de Maastricht – et celle de la zone Euro, ont été conçues et édifiées systématiquement comme des blocs de construction de la mondialisation dite libérale, c’est-à-dire de celle d’un système assurant la domination exclusive du capitalisme des monopoles mondialisés. Dans ce cadre il nous faut d’abord analyser les contradictions qui font que ce projet (et donc le projet européen qui en relève) n’est pas viable.

Les européanistes de gauche, minoritaires, qui voient ces contradictions, soient incapables de mobiliser des forces sociales et politiques capables d’inverser le conservatisme de l’européanisme en place. Cela équivaut à dire que l’Union européenne ne peut être autre que ce qu’elle est, et que celle-ci n’est pas viable. La crise de la zone euro illustre cette impossible viabilité du projet.

Les uns et les autres ont cru – dans leur majorité – aux boniments pour adhérer à Maastricht, à l’ouest, la fin des guerres ; à l’Est on a cru, semble-t-il, que l’adhésion à l’Union européenne permettrait ce fameux « rattrapage » et que le prix en valait la chandelle. Ce prix – peut être la punition pour avoir accepté le régime du socialisme, dit communisme, soviétique – était celui d’un ajustement structurel pénible, de « quelques » années. L’ajustement – c’est-à-dire « l’austérité » (pour les travailleurs, pas pour les milliardaires) – a été imposé. Mais il s’est soldé par un désastre social. C’est ainsi que l’Europe de l’Est est devenue la périphérie de celle de l’Ouest. Une étude récente sérieuse nous apprend que 80% des Roumains estiment « qu’au temps de Ceaucescu, c’était mieux » (!). Peut-on espérer mieux en termes de délégitimation de la prétendue démocratie qui caractériserait l’Union européenne ! Les peuples concernés en tireront-ils la leçon ? Comprendront-ils que la logique du capitalisme n’est pas celle du rattrapage, mais au contraire de l’approfondissement des inégalités ? On a associé le pire : la soumission des sociétés nationales européennes aux diktats des monopoles et du « libéralisme » mondialisé qui l’accompagne et leur gestion politique par des pouvoirs recourant d’autant plus à la démagogie « nationaliste » qu’ils sont impuissants à changer les dogmes du capitalisme libéral hégémonique.

Cette gestion politique renforcerait les chances des droites extrêmes. On aurait (on a déjà ?) des Pilsudski, des Horthy, des barons baltes, des nostalgiques de Franco et de Mussolini, des Maurassiens. Les discours d’apparence « nationaliste » voire « patriotiques » (sic Marin Le Pen) des droites extrêmes sont des discours menteurs, puisque ces forces politiques (du moins leurs dirigeants) acceptent non seulement le capitalisme en général, mais encore la seule forme qu’il peut revêtir, celle du capitalisme des monopoles mondialisés. Un « nationalisme » authentique ne peut être que populaire : au sens vrai du terme, servir le peuple et non le tromper. Du coup les vocables de nationalisme et de patriotisme doivent eux-mêmess être utilisés avec précaution. Il vaudrait mieux leur substituer celui « d’internationalisme des peuples et des travailleurs ».

En contrepoint la rhétorique des droites en question réduit le thème du nationalisme à des dérives de violence chauvine mise en œuvre contre les immigrés ou les Roms, accusés d’être la source des désastres. Cette droite ne manque pas d’associer dans sa haine les « pauvres », tenus responsables de leur misère et accusés d’abuser des bénéfices de « l’assistanat ».

Les décisions prises en septembre 2012 pour sortir de la crise de l’euro (mise en place d’un Fonds de Solidarité européen, émission d’eurobonds, rachat de la dette des États par la BCE), non seulement viennent trop tard et ne sont pas – en volume - à la hauteur des exigences, mais encore s’inscrivent toujours dans la stratégie de l’austérité qui en annule automatiquement les effets bienfaisants éventuels ; car l’austérité produira la croissance inexorable de la dette et non sa réduction ; croire le contraire est pure sottise. Conçue pour rester dans le système de la financiarisation, c’est-à-dire de la soumission aux « anticipations » des monopoles généralisés et financiarisés, cette politique de principe est vouée à laisser le champ libre à la spirale descendante de l’implosion.

Refuser la souveraineté des États, c’est tout simplement lui substituer celle des monopoles mondialisés, et rien moins que cela. Et sans souveraineté nationale il n’y a plus de démocratie possible, comme les refus répétés de l’Union européenne de prendre en considération les opinions majoritaires, les résultats des élections et des referendums qui déplaisent au capital des monopoles l’ont amplement démontré.

C’est pourquoi le rétablissement du respect des souverainetés nationales est une exigence pour tous les peuples de toutes les régions de la planète. Sans ce respect, le droit international bafoué laisse la place au « droit à l’ingérence », donc à l’intervention des puissances impérialistes dans les affaires des nations qui refusent de céder aux injonctions du capital des monopoles mondialisés. Sans ce respect des souverainetés, il n’y a aucune alternative démocratique et progressiste de possible, ni en Europe, ni ailleurs.

Mais le triomphe du capital – devenu celui des monopoles généralisés – n’aura été que de courte durée (1980-2010 ?) Les luttes démocratiques et sociales engagées à travers le monde, comme certaines des politiques des États émergents, remettent en cause le système de la domination des monopoles généralisés et amorcent après la vague révolutionnaire du XXème siècle, une vague de transformation du monde. Ces luttes et ces conflits concernent toutes les sociétés de la planète, au Nord comme au Sud. Car pour maintenir son pouvoir le capitalisme contemporain est contraint de s’attaquer à la fois aux États, aux nations et aux travailleurs du Sud (de surexploiter leur force de travail, de piller leurs ressources naturelles) et aux travailleurs du Nord, mis en concurrence avec ceux du Sud. Les conditions objectives pour l’émergence d’une convergence internationaliste des luttes sont donc réunies. Mais de l’existence de conditions objectives à leur mise en œuvre par les agents sociaux sujets de la transformation, il y a encore une distance qui n’est pas franchie.

Un examen approfondi des conflits entre les États émergents et l’impérialisme et de leur articulation aux revendications démocratiques et sociales des travailleurs des pays concernés, un examen approfondi des révoltes en cours dans les pays du Sud, de leurs limites et de leurs évolutions diverses possibles, un examen approfondi des luttes engagées par des peuples en Europe et aux Etats-Unis, constituent le préalable incontournable à la poursuite de débats féconds concernant « les » avenirs possibles.

J'attends vos réactions pour poursuivre. Aujourd'hui, 30 septembre, manifestation populaire contre une Europe et son austérité, l'inquiétude sur l'économie, la pestilene du congrès du Front qui embrouille les esprits au point de dire qu'une librairie appartenant au plus gros trust de la diffusion serait avisée et sélective dans les auteurs promus et de qui s'agit-il? d'Alain de Benoist que la librairie et des benêts font revenir en force pour parler de principe "identitaire; un beau programme pour cet idéologue d'extrême droite. Et vous êtes convié à un pot, j'espère que les SDF auront pu se sustenter. Oui, c'est quand je vois des gens qui passent pour progressistes que j'éprouve le besoin de dire qui est qui et de m'interroger sur les forces vives capables d'intervenir sur un monde inquiétant.